Depuis plusieurs jours, l’ouest de la France fait face à des inondations d’une ampleur rare. Tandis que les pluies battent des records et que la tempête Pedro se profile, des milliers d’habitants de la Charente-Maritime à la Gironde voient leur vie bouleversée. Pour nous, en tant qu’ONG environnementale, ces images ne sont plus seulement des faits divers : elles sont le visage tangible du changement climatique.

Ce matin à Saintes, en Charente-Maritime, l’eau continue de monter. Avec un niveau dépassant les 6 mètres 30, la Charente n’avait pas été aussi haute depuis quarante ans. Pour les habitants, c’est un cauchemar qui se répète. « J’habite ici depuis 27 ans, j’avais connu une augmentation en 2008, mais autant d’eau, non », témoigne un riverain coincé à l’étage.
Des vies suspendues aux records d’eau
Dans les rues transformées en canaux, les secours s’activent. À 82 ans, Roger a dû être évacué par les pompiers, son immeuble étant encerclé. Mais au-delà du choc immédiat, c’est l’incrédulité et le désarroi qui marquent les esprits.
Un habitant, contraint de porter son chien dans ses bras pour évacuer, résume l’absurdité de la situation :
« J’ai acheté cette année. On m’a dit que ça n’avait jamais été inondé. Malheureusement, vu que ça bat des records, les maisons qui n’ont jamais encore été inondées, inondent. »
900 foyers sont touchés à Saintes. Beaucoup n’ont pas pu anticiper. La cave est inondée, l’eau menace la porte d’entrée. Pour Cédric, dont le rez-de-chaussée est déjà sous l’eau, l’avenir est un piège financier. Après trois inondations en cinq ans, il aimerait partir, mais « qui va vouloir acheter une maison qui inonde ? ».

La solidarité, seul rempart face à l’impuissance
Dans ces moments de crise, la résilience des populations est impressionnante. À Courpignac, en raison des routes impraticables, la mairie a réquisitionné un tracteur pour servir de navette. À Rochefort-sur-Loire, des habitants se transforment en passeurs en bateau pour ravitailler les personnes âgées isolées.
Mais cette belle solidarité ne doit pas masquer la dure réalité : notre territoire n’est pas préparé à de tels événements à répétition. Après les inondations viennent les pénuries. Dans sept communes de Gironde, l’eau du robinet est impropre à la consommation. Les systèmes de filtration ont été endommagés. Les habitants, comme Lucie et ses enfants, sont tombés malades avant d’être contraints de faire la queue pour des bouteilles d’eau, rationnées.

Des paysages mutilés, un avenir incertain
Du Lot-et-Garonne à la Gironde, survoler la région donne le vertige. Des routes entières ont disparu. Des vignes et des champs sont noyés. Des parkings sont devenus des ports de fortune. Pour les soignants comme Sandrine, infirmière à Gaujac, le quotidien est devenu une expédition : elle fait désormais sa tournée en barque pour rejoindre ses patients.
La question que tout le monde se pose est : jusqu’où cela ira-t-il ? Météo France annonce l’arrivée imminente de la tempête Pedro avec des rafales à 110 km/h. Une nouvelle qui inquiète les sinistrés et retarde la décrue.

Pourquoi devons-nous en parler ?
En tant qu’ONG environnementale, notre rôle est de faire le lien entre ces drames humains et leur cause profonde. Ces inondations ne sont pas une fatalité météorologique isolée. Elles sont la conséquence directe d’un dérèglement climatique qui intensifie le cycle de l’eau : sols saturés, pluies diluviennes, niveaux des fleuves qui explosent.
Ces images de personnes âgées évacuées en barque, de familles privées d’eau potable ou de propriétaires ruinés sont les coûts humains de l’inaction climatique.
Nous appelons à une prise de conscience collective et à des actions concrètes :
· L’arrêt de l’artificialisation des sols, qui empêche l’absorption naturelle de l’eau.
· La protection et la restauration des zones humides, nos meilleures alliées contre les crues.
· Une réduction drastique de nos émissions de gaz à effet de serre pour freiner l’emballement du système climatique.
Notre solidarité va aux victimes de ces crues. Mais notre détermination à agir pour le climat doit être plus forte que jamais.
Face à l’eau qui monte, nous n’avons plus le droit de dire que nous ne savions pas.
